Service Militaire


1979 - Elève Officier à l'Ecole Militaire de Saumur



1980 - Aspirant au 11ème Régiment de Chasseurs à BERLIN


Jean-Benoît SAINT-CRICQ sur la Karl Marx Allee à BERLIN ESTen 1980 (2ème à partir de la droite).

Depuis JBSC est devenu Capitaine de Réserve au 49ème R.I.

Interview parue dans
la Semaine du Pays Basque du 2 au 26 novembre 2009
 
"Souvenirs de Berlin"
 

 

J’ai toujours aimé découvrir chez mes amis, au hasard d’une conversation, des aspects ignorés de leur vie. Il y a bien 15 ans que je connais Jean-Benoît SAINT-CRICQ, avocat au Barreau de BAYONNE, Conseiller Municipal de Biarritz. Souvent, nous allons déjeuner ensemble pour parler de la vie, de ces mille petits riens qui nous font rire, de toutes ces choses qui font que l’on refait le monde avec plaisir, où se mêlent le passé et les espérances du futur. Jean-Benoît est un homme brillant, droit, honnête, qui mène sa vie d’une façon à la fois classique, mais qui peut s’évader en épicurien dans es domaines de prédilection qui sont la littérature, la peinture (qu’il pratique avec talent), ou plus sportivement la moto !

Aspirant JB SAINT-CRICQ dans un exercice d'évacuation sanitaire
d'un de ses hommes (un blessé plutôt souriant !)

sur la tourelle d'un des chars AMX de son Peloton du 11ème Chasseurs à BERLIN


Sa vision de la vie, de l’actualité, est toujours remarquablement originale. Et ce jeudi, nous parlons du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin. Il me raconte ses souvenirs de jeune militaire en 1980, quelques années avant cet événement qui a bouleversé le monde. Et voilà qu’un souvenir unique qu’il a vécu lui revient en mémoire :

"L’un des moments les plus marquants que j’ai vécus, figure-toi, fut une garde de la prison de Spandau dont je fus, l’espace d’un week-end, le Chef ! Tu sais que Rudolf HESS, le dernier dignitaire nazi, bras droit d’HITLER, avait été condamné à NUREMBERG à la prison à vie. Bien qu’ayant participé à la conférence de WANSEE sur la solution finale, il avait dû sa survie à son voyage en Angleterre où il avait proposé à Winston CHURCHILL une paix séparée avec les Anglo-Américains pour lutter contre les Soviétiques. Depuis, il était le seul prisonnier de la prison de Spandau qui s’élevait dans l’Ouest de Berlin, en secteur Britannique.

 

"Le bâtiment était particulièrement impressionnant et lugubre. C’était un château du 19ème siècle en briques rouges noircies par le temps, d’un style pseudo moyenâgeux avec une enceinte ponctuée de tours et, au centre, un imposant donjon.

 

"La garde du prisonnier n°1 donnait lieu à un impressionnant cérémonial et, chaque mois, les puissances occupantes se relevaient dans cette tache. Mes cavaliers et moi prîmes nos fonctions un vendredi soir d’orage.

 

"Nous avions pour consigne d’ouvrir le feu sans sommation sur quiconque approcherait de l’enceinte. Je veillais dans le vieux Poste de garde, près d’un central téléphonique vétuste à fiches et à manivelle, surveillant les réactions de mes hommes, peu rassurés d’être sur ces créneaux avec de telles instructions. Cette nuit fut extraordinaire. L’orage tonnait sur la forteresse, qui foudroyée par accoups, détachait sa silhouette noire et massive sur le ciel déchiré. Je ne pouvais m’empêcher de penser à la terrible destinée de celui que je gardais, au mal infini commis par ses acolytes et à la punition qu’avait connu cette ville, entièrement détruite et toujours divisée quarante ans après.

 "Au matin, tout s’était apaisé et le ciel était ensoleillé. En faisant ma ronde, j’ai pu apercevoir le prisonnier, grand vieillard voûté aux cheveux blancs, qui cultivait ses roses. Image déconcertante qu’offrait ce paisible personnage. Qui aurait pu croire qu’il s’agissait du même homme, du Dauphin désigné d’Adolf HITLER ? Sept ans plus tard, Rudolf HESS était retrouvé pendu dans sa cellule et la prison de Spandau était rasée."

 L’histoire me passionne, je le questionne sur sa vie là-bas et il poursuit son récit :

 "Cette ville était vraiment impressionnante. Tout d’abord, de par ses dimensions, puisque Berlin-Ouest représentait à lui seul 10 fois Paris, avec des lacs, des forêts et de multiples centres urbains. Cette ville moderne était l’incarnation du capitalisme occidental. Par contre, si agréable que pouvait y être à l’existence, on se trouvait inévitablement confronté au mur. Celui-ci revêtait diverses formes, la plus connue était ces plaques de béton surmontées de rouleaux anti-grappins. Par endroits, comme à la Bernauerstrasse, les façades des maisons avaient leurs fenêtres murées ; dans d’autres secteurs, comme à Wansee, la frontière passait au milieu du lac et était matérialisée par de simples bouées. Mais, qu’on ne s’y trompe pas, les Vopos guettaient dans leur mirador et quiconque se serait avisé à tenter la traversée à la nage aurait fini criblé de balles.

 "En tant qu’Aspirant au 11ème Régiment de Chasseurs, j’étais titulaire de la carte du Gouvernement Militaire qui me donnait libre accès au Secteur Soviétique. Le passage par le "Checkpoint Charlie" se faisait dans une ambiance pesante, sous le contrôle tatillon des "Alliés" soviétiques. La ville immense était sous surveillance policière et une personne sur deux était en uniforme. Des caméras aux quatre coins des rues espionnaient tous nos faits et gestes. De temps à autre, une voiture isolée parcourait en pétaradant les immenses boulevards désertiques comme la Karl Marx Allée. Bref, l’atmosphère était morbide et la population ne respirait pas la joie. Quel contraste avec les vitrines rutilantes et la circulation de l’Ouest !"

Berlin, épilogue de l’histoire tragique de la folie de la seconde guerre mondiale ! Espérons que les hommes en tireront une leçon définitive, même si je partage, bien souvent, la pensée d’Aldous Huxley : "Le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l’Histoire est la leçon la plus importante que l’histoire nous enseigne."

   

 


 
 
 
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